Si les parlementaires socialistes ne s’étaient pas abstenus le 4 février 2008…
Le 4 février 2008, les députés et sénateurs sont réunis à Versailles.
Le président de la République, Nicolas Sarkozy, les a convoqués pour leur demander la modification de la Constitution nécessaire pour pouvoir faire ratifier le traité de Lisbonne par l’Assemblée Nationale, puis par le Sénat.
Pour modifier la Constitution, il faut réunir les trois cinquièmes des parlementaires (et non les deux tiers comme je l’ai écrit par erreur dans un billet précédent).
Dans tous le pays, des citoyens, des collectifs d’organisations, de syndicats, de partis, se sont mobilisés pour demander que la ratification fasse l’objet d’un référendum.
Sarkozy n’avait pas une majorité des trois cinquièmes à droite pour la modification de la Constitution. Par ailleurs, il était déjà très impopulaire dans l’opinion.
Le parti socialiste, dont les poids lourds n’avaient pas digéré le non au référendum de 2005, avait pourtant exprimé officiellement que la ratification du traité de Lisbonne devait s’effectuer par référendum.
Ce jour-là, le parti socialiste avait entre les mains :
1) la possibilité d’imposer le référendum sur le traité de Lisbonne
2) la possibilité de coincer Sarkozy jusqu’à la fin de son mandat, voire d’écourter celui-ci. En effet, la ratification du traité de Lisbonne était la raison d’être de la candidature Sarkozy, la raison de ses soutiens politiques et financiers
Imaginons un instant ce qui se serait passé si tous les parlementaires socialistes, le 4 février 2008, avaient voté non à la modification constitutionnelle.
D’une part, le traité de Lisbonne était condamné.
D’autre part, au mieux Sarkozy aurait été réduit à gérer les affaires courantes jusqu’à la fin de son mandat. Peut-être même aurait-il été obligé de démissionner. Pas de recul de l’âge de la retraite, pas de taxation des mutuelles, etc.
Combien d’attaques contre le monde du travail, combien de malheurs individuels et collectifs, aurions-nous évités ?
Que croyez-vous qu’il arriva ?
Plutôt que de voter contre, la plupart des parlementaires socialistes se sont abstenus ce 4 février 2008. L’un d’entre eux (Jack Lang) vota même avec l’UMP.
Seuls 115 d’entre eux, dont Jean-Luc Mélenchon, ont rejoint les parlementaires communistes dans le vote “non”.
Résultat : Sarkozy à gagné. Et le peuple français a perdu une bataille.